La filière équine en mouvements

Décidément le premier confinement en 2020 a bouleversé  la donne. Inspiré des sujets, des idées, des formats d’outils digitaux adaptés aux circonstances. Mon regard est d’autant plus réceptif à ces évolutions, car ils sont inspirants. Mais avant tout, intéressons-nous aux conséquences de la crise covid dans la filière équine française.

Que révèlera l’après covid ? Comment doit-on s’organiser pour avancer dans la tempête ? 

Le rapport de l’Ifce, sur l’impact covid en 2020 dans la filière équine française, évoque la crise que traverse la filière équestre en France depuis 1 an (parution fin mars 2021). Une période peu faste pour les acteurs du secteur, il faut bien le reconnaître. Il renseigne entre autres sur l’état économique général, sur le comportement des acheteurs de chevaux de loisirs, des licenciés, sur les choix difficiles faits par les éleveurs. Sur les conditions évaluées d’une reprise. Des enseignements en sont aussi tirés : comment se préserver d’une autre crise. 

Dans cette synthèse, il est souligné que pour les centres de reproduction, les protocoles sanitaires les ont menés à une nouvelle organisation de travail : dématérialisation des documents, c’est-à-dire créer un lien direct et instantané avec une communauté en particulier, créer des bases de données, partager l’information. Prises de rendez-vous échelonnées, vigilance sanitaire accrue. Ce qui peut être tout à fait transposé dans les élevages et écuries. 

Les saillies : sur les races sport/loisir, les éleveurs ont fait évoluer leurs pratiques, avec une baisse d’activité sur les étalons milieu de gamme pour se concentrer sur les étalons les plus côtés. Ce qui peut s’apparenter à un centrage sur une valeur refuge. Par ricochet, l’arrêt des activités en 2020 a touché les transformateurs agricoles qui ont aussi connu une baisse d’activité.

La fermeture administrative des 6500 centres équestres adhérents à la FFE a eu pour conséquence une perte de chiffres d’affaires évaluée à 45% en mars 2020 avec une étendue jusqu’à 80% en avril 2020. 

L’été avec la reprise d’une activité professionnelle a eu un effet rebond sur les licences fédérales. 210 000 licenciés enregistrés cet automne et une croissance de 10% du nombre de licences. 

Des efforts de communication de la FFE, (fédération française équestre) mis à mal par le deuxième confinement. Des accueils de publics et cavaliers à géométrie variable selon les régions (autorisations de déplacements, soins aux chevaux..) et enfin des conséquences sur le marché des équidés pour les amateurs, qui est à faible plu value pour les éleveurs. 

L’Agence française du commerce des équidés (AFCE) indique dans le rapport de l’IFCE, “ le marché intérieur a fonctionné jusqu’en octobre 2020… Le marché à l’export est figé (baisses de 50 à 80% des ventes)” Soit sur un panel de 30 adhérents représentants 19 M d’euros en CA en 2019 : -33% en marché intérieur / -54% à l’export.

Infos constructives à retenir : 

- un effet rebond positif pour la filière dès lors que les restrictions de déplacements et d’activités sont plus souples
- un recentrage sur les valeurs refuges ou phares des éleveurs
- un attrait constant des amateurs et licenciés pour l’équitation : sport d’extérieur à multiples facettes et disciplines
- un début d’adaptation des éleveurs dans ce contexte
- une prise de conscience de la charge mentale liée à la surcharge de travail
- savoir communiquer avec ses clients en période de crise
  • les pistes d’améliorations : des enseignements, sur la base d’une enquête menée par le réseau équin suite au 1er confinement
  • l’appui de la communauté : échanges, solutions collectives, aides et soutiens.
  • Interroger en permanence son modèle économique pour le transformer utilement : c’est ainsi que la communauté réunie peut participer à l’évolution du modèle.
  • Seuls ou entre professionnels ce n’est pas suffisant. L’avis concerté des « utilisateurs » est la clef de la transformation.

Les transformations, quelles sont-elles ? 

La communauté équestre est vaste avec des profils qui ne se ressemblent pas. Cela peut être lié à la race du cheval (entretien et mode de vie différents par exemple), au budget consacré à son hébergement, ses soins, son entraînement également et à la philosophie personnelle du propriétaire. Les préoccupations des cavaliers ou propriétaires et éleveurs peuvent être communes. 

Les bonnes pratiques, les bonnes questions, rencontre avec…

Alors que se passe t-il en coulisse auprès des chevaux, quel est l’état d’esprit et comment contribuer aux évolutions, qui sont les acteurs du bien-être par exemple, y a t il une complémentarité la santé du cavalier lié aux bons comportements de son cheval, comment se créée une vraie relation avec un cheval, quelles sont les pratiques dans d’autres secteurs. Autant de questionnements qui posent l’objet de transformations

crédit photos: ©Clémence Aresu

Mettre pied à terre rencontre aujourd’hui la fondatrice du blog “le cheval qui murmure à l’oreille des hommes”, Oriane Descours. Le cheval qui murmure ouvre des pistes, Oriane assemble son savoir faire, ses compétences et sa passion. Les articles sont présentés méthodiquement, les sujets sont variés et très détaillés et le blog est l’outil de transformation numérique dédié. 

A bien des égards, mettre pied à terre se sent concerné par cette démarche, qui est une des représentations de la transformation. Le travail fourni très régulièrement par Oriane, apporte une contribution pérenne et différente au sein de la communauté équestre. Un œil nouveau. Qui tranche.

Ouvrir ses yeux à ce qui existe par ailleurs, tient d’une démarche de curiosité de la part de mettre pied à terre et aussi d’un regard porté sur la création et la construction de projets à l’ère du numérique. Avoir une idée, penser la problématique, la solution, les solutions, tester, proposer, agir. Et aussi contempler.

A quelle époque avez-vous créé votre blog ? J’ai commencé à écrire des articles lors du premier confinement. J’ai eu la chance d’entrer en confinement à la fin de mes enseignements universitaires et avant le début de mon stage, j’étais donc en vacances forcées… Pour mettre à profit ce temps libre, j’ai rédigé un certain nombre d’articles. Quand le confinement s’est fini, j’ai lancé la page pour diffuser ces articles progressivement.

Quelle est votre motivation ? j’ ai lu que vous menez en parallèle des études en pharmacie. Je suis effectivement en fin d’études de pharmacie, je soutiens ma thèse en fin d’année. Mon cursus médical et mon goût pour les sciences m’ont poussées à adopter le même regard envers les chevaux. Que ce soit en éthologie, en pharmacologie vétérinaire, ou même en équitation, j’applique un principe d’action basée sur les preuves. Cependant, pour mener cette réflexion, il faut des preuves, autrement dit des connaissances à jour et fiables, qu’on retrouve dans les publications scientifiques des équipes de recherche. C’est pour diffuser ces connaissances et ma philosophie qui en a découlé que j’ai commencé la page.

Je tiens à préciser que malgré ma démarche d’aller chercher l’information à la source, je n’ai pas la science infuse et je peux me tromper ! Je considère ma page comme une ressource de connaissances gratuites pour tous cavaliers, mais il faut toujours garder son esprit critique, quel que soit l’auteur.

Est ce que votre lectorat vous fait progresser dans les choix de vos articles ? Il y a eu des demandes, c’est certain, notamment sur les équipements ou les éthogrammes. Cependant, malgré que je tienne une liste de tous les articles demandés, j’ai tendance à rédiger ce qui m’intéresse sur le moment en fonction des ressources sur lesquelles je tombe. Par exemple, en fin d’année j’ai relu les nouvelles recommandations vaccinales et ça m’a inspiré mon article sur les vaccins, alors que ce n’était pas du tout une demande. A l’inverse, on m’a beaucoup demandé un article sur la gestion des tiques et je n’ai toujours pas trouvé l’inspiration pour l’écrire… 🙂

j’ai trouvé dès le début des articles et des pistes très constructifs, pensez vous en faire un 2eme » métier » plus tard ? C’est déjà mon deuxième métier ! J’en fais très peu la promotion car mon activité est dense, mais je propose des prestations de travail de type éducatif pour les chevaux, des évaluations Bien-Être Equin ou posturales cavalier-cheval, mais aussi les premiers stages qui arrivent au début de l’été pour approfondir les connaissances proposées sur la page et leur mise en pratique. Comme ça s’ajoute à mon premier métier (de pharmacienne toxicologue), je ne cherche pas à élargir ma clientèle. La page vient aussi d’un désir d’aider plus de chevaux sans prendre plus de temps sur mon planning… Si j’en crois les retours qu’on me fait, elle semble remplir cette mission.

il y a quantité de blog sur les chevaux et le vôtre est pourtant différent. Qu’est ce qui vous inspire ? C’est triste à dire, mais ce qui m’inspire le plus sont les constatations quotidiennes que je fais de maltraitances ordinaires causées par l’absence de connaissances. Généralement, ce qui déclenche la rédaction d’un article (en dehors des « séries » sur des sujets spécifiques), c’est la lecture d’un commentaire sur les réseaux ou une discussion avec mes pairs…

En parallèle, j’ai toujours eu la volonté de garder la page comme un espace positif : chacun fait de son mieux avec ce qu’il a, je ne souhaite donc pas porter de jugement ni critiquer. J’essaie de suivre les commentaires avec attention, même sur les partages, pour garantir l’absence de retombées négatives ou d’incompréhension. 

Certains me prennent pour une utopiste qui vit dans un autre monde, mais je suis en réalité très réaliste, sur ma vision du secteur équestre. Mais ce n’est pas par la critique constante qu’on progresse, j’essaie donc de proposer des solutions raisonnables et adaptées aux problèmes réellement rencontrés, que ce soit sur la page ou auprès de mes clients.

copyright lilimosline

Quels sont les rêves d’Oriane ? Mon rêve serait de ne plus avoir à être en hyper vigilance ! Si tous les chevaux avaient des propriétaires prêts à investir dans leur formation continue pour garantir leur bien-être sur la base de connaissances récentes et validées scientifiquement, je n’aurais plus à agri de la même façon. Si tous les encadrants du secteur équestre avaient un regard critique sur leurs connaissances et cherchaient à les élargir au maximum, les jeunes cavaliers pourraient apprendre à observer le cheval, en plus de grimper dessus, et dans 20 ans, tout le secteur cavalier aurait ce réflexe de réfléchir à la nutrition ou à l’habitat de son cheval, en plus de penser à la séance du jour.

 

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